Petit Journal de Voyage de Claire Tottoli au Niger.

 
Par Claire Tottoli attachée à la Maison des Enfants de Bangalore (Inde).
Séjour de 1 mois du 31/01 au 1/03/05.
Pascal, Marie-Annick, Jean-Théophane, Noémi Pingault, et Claire Tottoli.

« Allons, allons ami, connais-tu mon beau pays ? Pays du Sahel, le Niger ma chère patrie ! »
(chant qui clôt la cassette vidéo de la Maison des Enfants du Niger)

A voir : la cassette vidéo du Niger.

Niger, 2005
Maison d'Harubanda ou la Famille Pingault
a deux pièces à l'étage.

Nous arrivons au Niger pour célébrer la St Jean Bosco avec notre communauté de Niamey.
Nous emménageons rapidement pour une semaine à Harubanda, quartier de Niamey. Situé à 20 mn du centre ville, nous y accédons en traversant le fleuve Niger... qui s'assèche à vue d'œil en ce mois de février très chaud : environ 40 degrés !
A notre départ du pays, la saison sèche et chaude est fort entamée ! Trois semaines de cultures potagères en moins, le manque à gagner s'ajoutera aux conséquences dramatiques de l'invasion de criquets de la saison passée. Silence-média !!! Peut-il se passer autre chose que le Tsunami sur la Terre ? La famine se prépare déjà.
Le quartier a bien changé depuis que Pascal a démarré avec Rosalie la Communauté du Pain de Vie à Harubanda. La brousse de sable et d'herbes sèches que l'on voit sur la vidéo qui évoque cette fondation, a fait place aux habitations : mélange de cases de paille, cases en banco (terre) ou constructions en dur parfois assez chics. Des fonctionnaires commencent à habiter notre quartier. Les journées sont rythmées par le chant des muezzins (le Niger est à 99 % musulman) ! ... à 5h le matin... à 2h pendant la sieste et le soir au moment où se calment les bruits du jour.

Constructions. une chapelle d'Adoration pour l'année de l'Eucharistie.

Niger, 2005
Bénédiction du terrain de la future chapelle et des outils du maçon.

Pascal travaille avec ses ouvriers sur les constructions : François le maçon, Félix le ferrailleur, l'électricien Taïrou, le vitrier Souleymane... Au fur et à mesure des constructions sur le terrain, Pascal introduit de nouvelles techniques : depuis la fabrication des briques stabilisées (que plusieurs groupes de jeunes ont d'ailleurs eu la joie de compresser lors de camps d'été au Niger) jusqu'à la construction d'escaliers en colimaçon pour monter à l'étage ou à l'invention de fenêtres métalliques avec moustiquaires incorporées. Aujourd'hui une grande salle pour un projet de bibliothèque et suivi scolaire est en cours de finition à l'étage d'un module de la Maison des Enfants.
Le nouveau challenge : la construction d'une chapelle de 200 m2 environ. Depuis longtemps Pascal peaufine les plans et envisage avec ces tâcherons les différents aspects de l'ouvrage. L'évêque de Niamey, Mgr Michel a béni le démarrage des travaux le 27 février... il bénit le lieu où va s'ériger le bâtiment, et surtout les outils du maçon !!! Un bel acte pour cette année de l'Eucharistie : offrir un lieu d'adoration pour ce peuple Nigérien ! Le bâtiment à la massive architecture soudanaise sera encadré de 4 tours, à l'étage, l'une pourra accueillir des gens pour des temps de prière, la deuxième un espace bibliothèque pour la formation, la troisième la cloche... Au rez-de-chaussée de ces tours : sacristies, entrées... etc.
Il se trouve que la date pour la bénédiction du chantier a été choisie en fonction des disponibilités de l'Evêque ! Et à notre grande surprise, à la messe qui précédait à la paroisse, on entend la lecture de la Samaritaine. Hors il y a 10 ans environ, un puits était creusé dans la foi sans grand espoir de trouver de l'eau sur le terrain. Un Samedi Pascal téléphone à Valenciennes : les enfants prient, l'eau arrive ! C'est ce texte qui est lu durant la liturgie des enfants ! Voila pourquoi la fraternité s'appelle « Le Puits de Jacob » ! N'est-ce pas incroyable à chaque fois, cette correspondance entre les évènements non prévus et la liturgie du jour dont la lecture contresigne la présence du Seigneur !

Ces constructions c'est aussi tout un travail de réflexion et de prière sur l'évolution du projet et de la vie sur le terrain. Il faut aller doucement, écouter, regarder : Rosalie et les membres de la communauté, les monitrices de la Maison des Enfants, les enfants lorsqu'ils jouent, les pauvres qui nous visitent, les animaux (chèvres, vaches, canards et pintades... !) qui déambulent et se reproduisent. Tout ce petit monde doit cohabiter en paix, le lieu doit être agréable à vivre.

Travail...

Niger, 2005
En attendant le Kataco à Koïrateguy.

Marie-Annick, les enfants et Claire Tottoli venue d'Inde pour ce séjour, étudient activement Français, Maths, anglais... : Jean-Théophane est en 1ère ES et Noémi en 3ème. Les examens sont au bout de l'année !!!Les séances sont entrecoupées par les visites aux Maisons des Enfants à Koirateguy ,à Taladji près de l'aeroport où vient de démarrer la dernière et surtout le tri et la mise en carton des tissus batik fabriqués par les femmes lépreuses de Koiratégui, 350 kg seront affrétés pendant notre séjour vers la France par avion...

Kataco...

Après une semaine à Harubanda nous prenons la route pour Koiratégui en Kataco. Il nous faudra traverser la foule des étudiants qui « marchent » en mémoire de bon nombre des leurs qui sont morts à cette date quelques années auparavant au cours d'une manif... Le chauffeur qui avait quitté la Côte d'Ivoire était inquiet pour son chargement de matériel et... de Blancs.
Qui n'a pas connu la joie du Kataco n'a pas savouré tous les plaisirs du Niger !
Le Kataco a cela en commun avec les bus indiens : l'expérience d'être « serré comme des sardines »... mais l'énorme avantage du Kataco c'est d'être assis... enfin... avantage modeste car les amortisseurs de ce véhicule sont quasi inexistants, tout comme les sièges ou autres dossiers... Donc l'exercice du voyage consiste à se cramponner à l'encadrement de la fenêtre, ou toute autre barre à portée de main... et d'essayer de ne pas glisser sur les genoux de son voisin... mais on pique de bons fous rires... c'est quand même génial le Kataco et beaucoup moins cher que le taxi. Autre avantage on rencontre plein de gens ! Ces anciennes 403 ou 404 Peugeot anciennement bâchées embarquent dans leurs carlingues brinquebalantes 6 personnes d'un coté, 6 de l'autre, 3 à 5 au milieu avec les bagages, sans compter les personnes qui s'accrochent à l'arrière...

Koirateguy

Niger, 2005
Mains lépreuses au travail du batik.

A une demie heure de Niamey, c'est le gros village des lépreux mendiants et des handicapés dans une partie, et des peuls une ethnie du Sahel dans l'autre. Un village qui était loin de tout, 15 ans auparavant, mais que la ville rattrape peu à peu. Se construisent à proximité les résidences prévues pour les athlètes des Jeux de la Francophonie achetées déjà par des fonctionnaires.
Un travail important y est fait par la communauté : atelier de fabrication de Batiks qui salarie 4 femmes lépreuses et Zénabou la responsable, deux Maisons des Enfants qui accueillent plus d'une centaine d'enfants, travail de santé auprès des lépreux, aide au logement particulièrement par l'entretien et la restauration des cases souvent soumises à l'incendie... Nous y séjournons 12 jours dans la petite maison de terre construite par Pascal prés de chez Zeinabou.

L'onction des pauvres...

Niger, 2005
La réunion sous le hangar de paille
du chef des lépreux.

Arrivés pour une visite amicale chez le chef des lépreux, on nous fait prendre place sous un abri de paille où nous accueillent les représentants des différentes communautés lépreuses, aveugles et handicapées et une soixantaine de lépreux (hommes, femmes, enfants...) Ils ont tous revêtu leurs plus beaux habits !
On nous offre les sièges d'honneur pour cette « réunion » imprévue. La discussion « à l'africaine » commence : on s'échange des nouvelles... puis les chefs expliquent la raison de cette rencontre : ils veulent remercier Pascal et Marie-Annick pour l'achat des terrains (effectué en Octobre 2004 : 55 familles lépreuses sont devenues propriétaires du terrain où elles habitent). Nous lisons sur leurs visages leur joie et leur reconnaissance : les femmes et les bébés, les vieillards, les aveugles, les handicapés : tous assis là sous la paille applaudissent... les lépreux avec leurs moignons... c'est l'onction des pauvres, le rayonnement d'un amour qui dépasse les langues et la culture.
C'est pour nous un grand moment de joie : d'être parmi eux et de voir l'unité entre ces différents chefs assis ensemble pour réfléchir au développement de leur village.
Pascal demande : « Maintenant, vous êtes propriétaires de vos terrains. Que pensez-vous qu'il serait bon de faire , quels sont vos besoins les plus importants ? »
Il est question de remplacer les habitations en paille pour construire en dur (briques de banco). Ils craignent beaucoup les incendies qui dévorent le peu qu'ils ont : « oui, mais certains peuvent construire par eux-mêmes ! ... » dit Pascal. Ils sont d'accord mais demandent la pose du toit de tôle: trop cher pour eux !
Puis au fil de la discussion apparaissent d'autres besoins :

  • l'eau : la ville est en train d'installer des canalisations près d'ici : est-ce qu'on ne pourrait pas avoir un robinet pour les lépreux ? Où le mettre ? Qui va payer les factures ? Comment le gérer ?
  • la santé : une infirmière belge bénévole faisait des pansements et soignait les lépreux 2 fois par semaine, mais elle est repartie... qui va assurer les soins maintenant ?...

Providentiellement arrive durant cette réunion une autre infirmière belge à la retraite qui se propose de prendre la relève pour quatre ans !!!

Nous terminons la rencontre par une prière : nous confions à Dieu notre travail : nous prions ensemble musulmans et chrétiens que Dieu le bénisse : eux font la Fatwa, puis nous récitons un Notre Père... c'est un grand moment de communion où nous expérimentons que « Dieu est UN »

Woodabes... les cases de paille ont fleuri sur notre terrain !

Niger, 2005
Un enfant woodabe auprés d'une des cases.

Belle surprise à notre arrivée : sur un de nos terrains destinés à l'édification des locaux éducatifs, 4 toits coniques de paille dépassent du mur ! Nous avons autorisé toute une famille avec les deux monitrices à habiter là en attendant leur départ en brousse.
Depuis plusieurs années, les Woodabés, nomades éleveurs, demandaient à Pascal une « Maison des Enfants » pour leurs petits (voir le récit de ses deux voyages dans En Quête ou sur les sites Internet : www.pingault.org et www.en-quete.net). Deux jeunes femmes sont venues avec leurs familles à Koirateguy pour recevoir une formation. Ce sont donc les monitrices, filles de lépreux et des peuls de Koirateguy qui les ont formées : les pauvres apprennent aux pauvres... et mieux que nous ne pourrions le faire ! Après presque 2 ans, elles commencent à lire ! Nous amenons du matériel pour leur future Maison des Enfants. Pascal organisera avec elles une Maison des Enfants itinérante lors de son prochain voyage nomade en septembre. Il faudra des sacs, des tentes, et des ânes !
Nous sommes bien évidemment conviés à prendre le thé et partager le repas avec eux. Chacun avec sa fourchette, qu'ils ont sorti pour nous et pour la circonstance, mange dans le même plat de riz épicé aux tomates.

La vie en abondance

Niger, 2005
M.-Annick et Claire au milieu des femmes Woodabes : un grand sujet, la Santé.

Koïrateguy c'est un monde qui grouille... des bébés partout. des enfants demi-nus mais dont le regard pétille de vie : la vie en abondance.
«: Les enfants Woodabés ne pleurent presque jamais en brousse » nous dit Pascal. Mais cet après midi lorsque l'un d'eux se met à crier, les discussions s'arrêtent, tout le monde regarde interrogatif, la maman accourt... oui, l'enfant pleure : cela bouleverse leur cœur. On touche peut-être du doigt les racines de la violence... Les enfants ne sont pas à l'aise dans ce milieu urbain... Le bébé du jeune homme qui nous fabrique des alphabets en cuir a maintenant 7 mois. Il se surnomme Pascal ! Il se tient debout et trotte à 4 pattes dans le sable. Il n'a aucune peur du blanc. Il rayonne d'une force intérieure si joyeuse !

Santé

Bébé est trop maigre, avec un gros ventre caractéristique de la malnutrition, affaibli par le manque de lait de la maman... cet autre, 3 ans, a une conjonctivite qui lui brûle les yeux... celui-là a la fièvre... que faire Marie-Annick ? Il faut penser à des remèdes faciles à trouver ou faire, pas chers, naturels et qui préservent leur santé. Il faut trouver les mots simples - un grand vient aider à traduire - une autre femme du village explique qu'elle aussi a fait ça pour son enfant et que ça a marché... la maman prend confiance. Remède simple pour cette conjonctivite : quelques gouttes de citron dans de l'eau. Pour sevrer bébé : banane écrasée ou de la carotte cuite. Et surtout nourrir mieux les mamans car « le lait de la maman c'est le meilleur des laits » comme le dit la chanson africaine !
La vieille matrone est toujours là ! Pleine de force ! Elle continue de faire venir au monde tous les bébés des lépreux malgré les problèmes sérieux d'arthrose à son genou. Elle serre Noémi dans ses bras car elle a appris que celle-ci voulait devenir sage-femme. Sa fille est morte, elle n'a plus que son fils adoptif pour prendre soin d'elle. On l'avait accompagné avec notre projet de suivi scolaire autrefois. Il a un emploi de tapissier à Niamey maintenant. Un projet : l'aider à ouvrir un atelier au village des lépreux...

Qui a eu cette idée folle un jour d'inventer les... sacs plastiques !!!...

Niger, pays de poussière et de vent, vent qui transporte les fameux sacs plastiques noirs jusqu'en haut des arbres... Dans ce pays si sec que les arbres n'ont quasiment pas de feuilles, on croit parfois avoir des hallucinations... les feuilles seraient-elles noires en Afrique ????
Le malheur c'est que les animaux avalent ça et meurent car NON, les sacs plastiques ça ne se digère pas et ça se stocke donc dans l'estomac jusqu'à éventration...
Pollution terrible... la terre elle-même est malaxée de sacs plastiques ! Désert plastifié ! Que ceux qui ont des idées de recyclage n'hésitent pas à nous les communiquer !

Plantations... Miracle Tree

Niger, 2005
Le baobab de la maison de Pascal
et Marie-Annick à Koïrateguy en attendant
les « miracle tree ».

De l'Ile Maurice en novembre, Pascal et Marie-Annick ont ramené des graines du « Miracle Tree » ou l'arbre miraculeux : ses fruits sont un concentré de protéines pour nos peuples sous-alimentés, ses graines permettent de purifier l'eau !!! Il en est question dans un article dans la revue En Quête « la Santé » Cet arbre est aussi présent en Inde. Nous avons donc planté des graines Mauriciennes et Indiennes dans la cour de Koïratéguy. Après 12 jours la cour change déjà de visage : on arrose toutes les petites pousses que l'on peut trouver avec nos vieilles eaux de vaisselle et lavage... Pendant notre absence, c'est le petit voisin Mamane-Lamine, 9 ans (fils Zénabou en charge de l'atelier de batik) qui va arroser tous les matins et tous les soirs. Et dans quelques années, peut-être que nous remplacerons le filtre à eau Brita par des graines de Miracle Tree !!!
En tout cas nous avons bien profité de très bon petits citrons plantés il y a quelques années à Harubanda et arrosés aux eaux de vaisselle et de ménage !!!

Ménage... valises... et on repart !!!

Nous emballons colis, valises... Déménager c'est un mode de vie pour les Pingault... il faut nettoyer l'appartement que l'on quitte... porter à nouveau toutes nos valises bien remplies : 110 kg en soute et 50kg en bagages à main... pas besoin de faire de la musculation (d'ailleurs Jean Théophane a eu l'occasion de s'entraîner tous les soirs en portant les seaux d'eau à l'étage) !
Et retour sur le sol français... « Bienvenue en France... la température extérieure est de -10 degrés... » nous annonce ironiquement l'hôtesse de l'air. La chaudière de Valenciennes, bien sûr tombe en panne quand la France bat les records de froid ! mais c'est pas grave... on prépare nos valises à nouveau : Pascal part pour 2 jours à Rome avec Yves et Sr Margaret pour une rencontre avec le Conseil Pontifical pour les laïcs. Puis nous prenons la route pour Troyes, entre deux tempêtes de neige, (via l'aéroport où nous prenons Pascal et Yves). Une journée de réunion du Conseil d'Administration de la FACPV (Fédération des Associations de la Communauté du Pain de Vie)...

on the road again... Je repars en Inde le mercredi 9 mars. pour retrouver : l'été indien !!!