Histoire de la conversion

(par Pascal Pingault)

Ce qui a été à l'origine de ma conversion, c'est la conviction que la Parole de Dieu était vraie et l'expérience de son action efficace dans ma propre vie. Ma rencontre avec la Parole de Dieu m'a fait devenir vraiment quelqu'un de nouveau. On peut situer brièvement ce retournement parce qu'il n'est pas sans incidence sur la création et même la vocation de la Communauté.

Depuis le BAC, j'avais quelquefois mis les pieds à la Fac de Lettres où j'étais inscrit, mais surtout pour reprendre souffle entre mes voyages. Je partais sur les routes, sac au dos, sans argent ou si peu, me nourrissant presque exclusivement de pain et de fromage, pas chers à l'époque. Il fallait que je parte. J'avançais au hasard des occasions et des rencontres, m'arrêtant parfois quelques jours dans l'une ou l'autre communauté hippy.

Je connaissais déjà Marie-Annick. Nous nous étions rencontrés au lycée, pendant les événements de 68. A l'époque, elle faisait de la J.O.C. (Jeunesse Ouvrière Chrétienne) et me parlait de Jésus. Après deux années d'errance au cours desquelles je revenais la voir quand la force de l'amour l'emportait sur la peur d'aimer et de se livrer, j'ai décidé de poser mon sac. Mais j'étais toujours un marginal révolutionnaire et athée. Je me suis marié à l'Eglise, seulement par respect pour ma femme et sa famille et je dirais, par respect pour Dieu : sans Le connaître, je gardais toujours en moi l'impression que s'Il existait, c'était Lui qui valait la peine, pour parler familièrement ! Mais ne Le connaissant pas j'avais cherché ma voie ailleurs : dans la peinture artistique qui m'épanouissait vraiment mais en même temps dans l'alcool, la drogue...

J'avais été baptisé, j'avais fait ma première communion, j'avais été confirmé, mais aussi découragé par les contre-témoignages donnés par les chrétiens. J'ai quitté violemment l'Eglise à 13 ans un jour de communion solennelle. Toute une période difficile a suivi jusqu'au jour où je me suis marié, et cela a été comme une oasis dans une vie pleine de ténèbres ; j'ai pressenti là, et c'est pour cela que je les avais acceptés, la puissance des sacrements. Tout en étant incroyant, le mariage religieux était le seul qui, pour moi, avait un sens.

Ma femme m'a accompagné dans ce cheminement d'une vie parfois difficile, vie d'artiste, vie de recherche... Jusqu'au jour où nous avons reçu chez nous des anges : Martine, une amie de lycée, et Jean, son fiancé, venaient de vivre une conversion liée au début du Renouveau Charismatique. Ils avaient eu une panne de voiture et nous avaient demandé l'hospitalité. Ils nous ont étonnés par les transformations visibles qu'on pouvait constater en eux ; on les sentait vraiment renouvelés. Ils parlaient de quelqu'un, pas d'une idée, de quelqu'un qui aimait et se laissait aimer, quelqu'un de vivant. C'est donc cela que veut dire : Ressuscité ! Le Christ serait donc le même hier et aujourd'hui ! Est-ce lui que je cherchais, Celui, le Seul, qui en vérité fait ce qu'il dit ?

A notre demande ils ont prié pour nous. J'étais incroyant une heure avant. Une heure après, j'étais profondément transformé. Quant à Marie-Annick, elle retrouvait la foi vive de son adolescence. Ce simple fait explique le radicalisme qui caractérise ensuite la Communauté du Pain de Vie. Du jour au lendemain nous avons complètement changé de vie. C'était en février 73.

Curieusement nous avons été amenés à parler du Christ dès la première heure qui a suivi ce moment. Dès la première semaine, d'autres conversions se sont produites. L'Esprit Saint, parce que nous L'avions simplement accueilli et qu'Il était présent, portait déjà son fruit.

Au cours de la prière qui nous a unis dans une grande pauvreté de cœur avec nos deux amis, j'ai entendu de façon très nette en mon for intérieur : Ce que tu as reçu aujourd'hui, partage-le avec des frères. Rétrospectivement, je sais maintenant que cette Parole a constitué l'embryon fort de notre communauté. Je peux dire après coup que la communauté est née à ce moment-là. Finalement, les mots du Seigneur sont des mots eucharistiques : ce que tu as reçu, partage-le, romps-le, offre-le pour des frères. Mais je n'avais aucunes consciences de ce qu'était une communauté chrétienne, je n'avais jamais vu un monastère de près. De plus, je n'avais aucune sympathie naturelle pour ce genre d'endroit ; j'étais beaucoup trop individualiste et sauvage. Je n'avais pas de dons naturels pour l'échange, la vie en commun : ce ne pouvait être qu'un mouvement surnaturel pour moi !